Situation des jeunes filles et des femmes déplacées et retournées internes affectées par les conflits armés à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC)
Appel à la mobilisation des partenaires internationaux pour le financement d’un programme intégré en faveur des survivantes
- Contexte général et déplacements internes massifs
Depuis janvier 2025, l’intensification des affrontements liés à l’agression du mouvement AFC/M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu a provoqué des déplacements internes massifs de populations. Les vagues successives de violences enregistrées entre janvier–février 2025 puis en décembre 2025 ont entraîné une crise humanitaire d’une ampleur exceptionnelle. Les estimations humanitaires indiquent que plus de 1,2 million de personnes ont été nouvellement déplacées à l’intérieur du pays durant ces périodes, venant s’ajouter à une population déjà estimée à plus de 7 millions de déplacés internes à l’échelle nationale.
Contrairement aux réfugiés transfrontaliers, la majorité des personnes affectées restent à l’intérieur du territoire congolais, souvent dans des sites spontanés, des écoles, des églises ou chez des familles d’accueil déjà vulnérables. Les retournés internes, quant à eux, regagnent des zones détruites, sans services de base, exposés à de nouveaux cycles de violence. - Impact disproportionné sur les femmes et les jeunes filles déplacées
Les femmes et les jeunes filles représentent environ 52 à 55 % des déplacés internes, selon les tendances observées dans les évaluations multisectorielles. Elles sont confrontées à des risques multiples liés à l’insécurité, à la promiscuité dans les sites de déplacement et à l’effondrement des mécanismes communautaires de protection.
Les ruptures familiales, la perte des moyens de subsistance et la déscolarisation des filles aggravent leur vulnérabilité. Plus de 60 % des ménages déplacés sont dirigés par des femmes, souvent veuves ou séparées de leurs conjoints à la suite des violences armées. Ces ménages font face à une insécurité alimentaire sévère et à une dépendance accrue à l’aide humanitaire. - Violences sexuelles et basées sur le genre (VBG)
Les violences sexuelles et basées sur le genre ont connu une augmentation alarmante dans les zones affectées par les combats. Les rapports de protection indiquent une hausse estimée à 35–40 % des cas de violences sexuelles durant les périodes de janvier–février et décembre 2025 par rapport aux mois précédents.
Dans certaines zones de déplacement, près de 1 femme ou fille déplacée sur 5 déclare avoir été exposée directement ou indirectement à une forme de violence sexuelle, incluant le viol, l’exploitation sexuelle ou le harcèlement. Les obstacles à l’accès aux soins médicaux et psychosociaux font que seule une minorité des survivantes reçoit une prise en charge adéquate, aggravant les traumatismes physiques et psychologiques.
La stigmatisation sociale et les normes coutumières défavorables conduisent de nombreuses survivantes à se taire, renforçant leur isolement et leur exclusion communautaire. - Mariages précoces et forcés
La crise humanitaire a favorisé une augmentation significative des mariages précoces et forcés. Selon les tendances observées par les acteurs de protection de l’enfance, les mariages de mineures auraient augmenté d’environ 25 à 30 % dans les zones de déplacement depuis le début de l’année 2025.
Les familles, confrontées à l’extrême pauvreté et à l’insécurité, recourent parfois au mariage comme stratégie négative de survie pour réduire les charges économiques ou protéger leurs filles contre les violences. Cette pratique compromet gravement l’avenir des jeunes filles, en les exposant à des grossesses précoces, à l’abandon scolaire et à des violences domestiques. - Recrutement et utilisation des enfants par les groupes armés
Le conflit a également entraîné une recrudescence du recrutement et de l’utilisation des enfants par les groupes armés. Les estimations des acteurs de protection indiquent qu’au moins 15 à 20 % des enfants déplacés dans certaines zones à haut risque sont exposés à des tentatives de recrutement forcé ou volontaire.
Les garçons sont souvent utilisés comme combattants ou porteurs, tandis que les filles sont recrutées comme cuisinières, esclaves sexuelles ou épouses forcées. Cette situation constitue une violation grave des droits de l’enfant et compromet durablement leur réintégration sociale et scolaire. - Tueries et autres violations graves des droits humains
Les périodes de janvier–février et décembre 2025 ont été marquées par une augmentation des attaques contre les civils. Les rapports de monitoring des droits humains font état d’une hausse estimée à 30 % des cas de tueries ciblant des populations civiles, notamment lors d’attaques contre des villages, des sites de déplacés et des axes routiers.
Ces violations incluent également des enlèvements, des destructions de biens, des pillages et des incendies de maisons. Les femmes et les enfants figurent parmi les principales victimes, aggravant le cycle de traumatisme collectif et d’instabilité communautaire. - Insuffisance de la réponse actuelle et déficit de financement
Malgré l’ampleur des besoins, la réponse humanitaire demeure largement sous-financée. Les programmes de protection, de prise en charge des survivantes et de soutien aux déplacés internes couvrent moins de 40 % des besoins identifiés dans plusieurs zones critiques.
Les financements disponibles sont majoritairement orientés vers l’urgence immédiate, avec peu de ressources dédiées au relèvement, à l’autonomisation économique et à la résilience des femmes et des jeunes filles déplacées et retournées. - Objectifs du projet à financer
Le projet envisagé vise à améliorer durablement les conditions de vie des jeunes filles et des femmes déplacées et retournées internes à travers une approche intégrée combinant :
protection et prise en charge psychosociale des survivantes,
prévention des VBG et des mariages précoces,
réintégration scolaire et socio-économique,
renforcement du leadership féminin et de la cohésion sociale.
L’objectif est de restaurer la dignité, l’autonomie et la capacité d’action des survivantes tout en contribuant à la stabilisation communautaire. - Appel au financement et à la mobilisation internationale
EME-RDC lance un appel à l’ensemble des partenaires internationaux – agences multilatérales, gouvernements donateurs, ONG internationales, fondations privées et acteurs philanthropiques – afin de mobiliser des financements adaptés à l’ampleur de cette crise.
Nous sollicitons un soutien financier et technique pour mettre en œuvre un programme intégré en faveur des femmes et des jeunes filles déplacées et retournées internes, incluant la protection, la santé mentale, l’éducation et l’inclusion socio-économique.
Investir dans ces survivantes, c’est investir dans la paix, la stabilité et la reconstruction durable des communautés affectées par les conflits armés à l’Est de la RDC.


Conclusion
Les déplacements internes massifs liés à l’agression de l’AFC/M23 en 2025 ont profondément affecté les femmes et les jeunes filles, exposées à des violences multiples, à l’exclusion sociale et à la perte de leurs perspectives d’avenir. Les données chiffrées démontrent une aggravation inquiétante des violations graves des droits humains.
À travers cette note de plaidoyer, EME-RDC appelle la communauté internationale à une mobilisation urgente et durable pour financer des actions concrètes en faveur des survivantes, afin de transformer cette crise en opportunité de résilience et de reconstruction sociale.




