Manque d’accès à l’eau potable dans les zones rurales de l’Est de la RDC : un facteur aggravant des violences basées sur le genre, de l’exclusion des femmes et de la vulnérabilité des enfants
Appel à la mobilisation des partenaires internationaux pour financer un programme intégré Eau, Protection et Inclusion communautaire
- Contexte général
Dans les zones rurales de l’Est de la République Démocratique du Congo, l’accès à l’eau potable demeure un défi majeur et structurel. Des milliers de communautés vivent encore sans sources d’eau sécurisées et dépendent de rivières, de marécages ou de puits non protégés pour leurs besoins quotidiens. Cette situation est aggravée par l’insécurité persistante, les déplacements internes liés aux conflits armés, la destruction des infrastructures hydrauliques et les effets du changement climatique.
Le manque d’eau potable ne constitue pas seulement un problème sanitaire, mais une crise multidimensionnelle qui touche directement la dignité humaine, la protection des personnes vulnérables et la stabilité sociale. Les femmes et les enfants sont les premiers affectés par cette pénurie chronique, car ils assument traditionnellement la responsabilité de la collecte de l’eau pour les ménages. - Longs trajets pour la recherche de l’eau et exposition aux risques
Dans de nombreuses localités rurales, les femmes et les jeunes filles parcourent quotidiennement plusieurs kilomètres pour atteindre les rares points d’eau disponibles. Ces trajets longs et répétitifs les exposent à de multiples dangers, notamment les agressions physiques, les violences sexuelles, les enlèvements et les intimidations par des groupes armés ou des individus malveillants.
Les déplacements vers des sources d’eau éloignées se font souvent à l’aube ou tard le soir, périodes où l’insécurité est accrue. Cette réalité transforme un besoin vital en un parcours de risque permanent. Les jeunes filles, parfois envoyées seules pour chercher de l’eau, deviennent des cibles faciles de violences et d’exploitation, ce qui renforce leur vulnérabilité et leur traumatisme psychologique. - Lien entre manque d’eau et violences sexuelles et basées sur le genre (VBG)
Le déficit d’accès à l’eau potable contribue directement à l’augmentation des violences sexuelles et basées sur le genre. Les femmes et les filles contraintes de s’éloigner de leurs villages pour trouver de l’eau se retrouvent isolées et sans protection. Les rapports communautaires et humanitaires montrent que les points d’eau non sécurisés sont souvent des lieux d’agression.
De plus, la rareté de l’eau crée des tensions au sein des ménages et des communautés, générant des conflits domestiques et communautaires. Les femmes sont parfois accusées de ne pas rapporter suffisamment d’eau ou de passer trop de temps à cette activité, ce qui favorise les violences conjugales et la marginalisation sociale. - Exclusion des femmes dans la gestion des ressources naturelles
Malgré leur rôle central dans la collecte et l’utilisation de l’eau, les femmes restent largement exclues des mécanismes de gouvernance et de gestion des ressources naturelles. Les comités locaux de gestion de l’eau sont majoritairement dominés par les hommes, et les décisions concernant l’implantation des points d’eau, l’entretien des infrastructures et la répartition des ressources sont rarement prises avec une participation significative des femmes.
Cette exclusion institutionnelle renforce les inégalités de genre et limite l’efficacité des projets d’accès à l’eau. Les besoins spécifiques des femmes, notamment en matière de sécurité, d’hygiène menstruelle et de proximité des sources, sont souvent négligés dans la planification des infrastructures hydrauliques. - Vulnérabilité accrue des enfants
Les enfants sont également fortement affectés par la pénurie d’eau potable. Beaucoup d’entre eux abandonnent temporairement ou définitivement l’école pour aider leurs familles à collecter de l’eau. Cette situation compromet leur droit à l’éducation et perpétue le cycle de pauvreté.
L’utilisation d’eau insalubre expose les enfants à des maladies hydriques telles que la diarrhée, le choléra et les infections parasitaires, qui figurent parmi les principales causes de mortalité infantile dans les zones rurales. Les enfants déplacés internes et ceux vivant avec handicap sont encore plus vulnérables en raison de leur accès limité aux services de base. - Insuffisance de la réponse actuelle
Malgré les efforts des autorités et de certains partenaires humanitaires, les interventions en matière d’eau, hygiène et assainissement restent largement insuffisantes par rapport à l’ampleur des besoins. De nombreuses zones rurales ne bénéficient d’aucun projet structuré d’adduction d’eau potable et les infrastructures existantes sont souvent vétustes ou non fonctionnelles faute de maintenance.
Les financements alloués au secteur WASH demeurent limités et concentrés sur des réponses ponctuelles d’urgence, sans vision de durabilité ni d’intégration des dimensions de protection et de genre. - Justification du plaidoyer international
La crise de l’eau potable dans les zones rurales de l’Est de la RDC dépasse les capacités locales et nécessite une mobilisation internationale renforcée. Il s’agit d’un enjeu fondamental de droits humains, de santé publique et de protection des femmes et des enfants.
Un plaidoyer international permettra de sensibiliser les bailleurs institutionnels, les fondations privées, les ONG internationales et les acteurs de la coopération au développement sur l’urgence d’investir dans des programmes intégrés reliant l’accès à l’eau, la prévention des violences basées sur le genre et la participation communautaire inclusive. - Objectif du projet à financer
Le projet proposé vise à améliorer durablement l’accès à l’eau potable dans les zones rurales affectées par les conflits et la pauvreté, tout en réduisant les risques de violences sexuelles et d’exclusion sociale.
Il ambitionne de :
rapprocher les points d’eau des communautés,
sécuriser les sites de collecte,
renforcer la participation des femmes dans la gestion des ressources hydriques,
protéger les enfants contre les risques liés aux longs trajets,
promouvoir des pratiques d’hygiène adaptées. - Axes prioritaires d’intervention
Le programme intégrera la construction et la réhabilitation de points d’eau sécurisés, la mise en place de comités de gestion inclusifs avec une forte représentation féminine, la sensibilisation communautaire sur la prévention des VBG, ainsi que des actions éducatives pour les enfants sur l’hygiène et la protection.
Une approche communautaire participative permettra d’assurer la durabilité des infrastructures et l’appropriation locale des solutions. - Appel au financement et à la mobilisation des partenaires
EME-RDC lance un appel aux partenaires internationaux, agences multilatérales, gouvernements donateurs, ONG internationales et fondations privées afin de soutenir financièrement et techniquement ce programme intégré Eau–Protection–Genre.
Nous sollicitons des investissements ciblés pour répondre à l’urgence humanitaire tout en construisant des solutions durables qui réduisent les risques de violences, favorisent l’inclusion des femmes et protègent les enfants.


Conclusion
Le manque d’accès à l’eau potable dans les zones rurales de l’Est de la RDC est un facteur majeur de vulnérabilité, de violences basées sur le genre et d’exclusion sociale. Il transforme un besoin vital en une source permanente de danger pour les femmes et les enfants.
À travers cette note de plaidoyer, EME-RDC appelle la communauté internationale à s’engager aux côtés des communautés rurales pour garantir un accès équitable et sécurisé à l’eau potable, condition essentielle pour la dignité humaine, la paix sociale et le développement durable.




