NOTE DE PLAIDOYER N°4Avortement non sécurisé, auto-médication et recours aux méthodes traditionnelles dans l’Est de la RDC

EME-RDC

NOTE DE PLAIDOYER N°4Avortement non sécurisé, auto-médication et recours aux méthodes traditionnelles dans l’Est de la RDC

Appel à la mobilisation des partenaires pour renforcer la santé sexuelle et reproductive des femmes et adolescentes

  1. Contexte général
    L’accès aux services de santé sexuelle et reproductive (SSR) reste limité dans les provinces de l’Est de la RDC, où les guerres en répétition (attaques de groupes armés, conflits intercommunautaires, déplacements) ont fragilisé les systèmes de santé et détruit de nombreuses infrastructures. Les femmes et adolescentes sont contraintes de se tourner vers des pratiques alternatives pour interrompre des grossesses non désirées, souvent dans des conditions non sécurisées.
    Les us et coutumes locales renforcent également la stigmatisation. Dans plusieurs communautés, les grossesses hors mariage ou issues de violences sexuelles sont cachées, et les femmes qui cherchent à interrompre une grossesse sont jugées ou exclues socialement. Ces normes sociales contraignent les femmes à recourir à l’auto-médication ou aux méthodes traditionnelles, exposant leur santé à de graves risques.
    Selon les données des clusters santé et rapports du Ministère de la Santé (2025) :
    Environ 25 à 30 % des grossesses non désirées dans certaines zones rurales se terminent par un avortement non sécurisé.
    Les complications liées à ces pratiques représentent plus de 15 % des cas de morbidité maternelle sévère dans les hôpitaux locaux.
    L’auto-médication et les méthodes traditionnelles restent largement utilisées, surtout dans les zones touchées par les conflits où moins de 20 % des femmes ont accès à un centre de santé fonctionnel.
  2. Causes principales
    Les causes du recours aux méthodes non sécurisées incluent :
    Accès limité aux services de santé : les infrastructures sont détruites ou éloignées à cause des conflits, ou fonctionnent à capacité réduite.
    Us et coutumes restrictives : les normes traditionnelles et la stigmatisation sociale empêchent les femmes d’accéder aux services légaux.
    Coûts financiers élevés : les frais de consultation et médicaments dans les zones rurales restent un obstacle majeur.
    Manque d’information : peu de sensibilisation sur les risques liés à l’avortement non sécurisé et les alternatives médicales sécurisées.
    Violences et mariages forcés : les conflits répétés exposent les femmes et adolescentes aux violences sexuelles et aux grossesses non désirées, renforçant leur recours à l’auto-médication.
  3. Conséquences sanitaires et sociales
    Les conséquences sont graves et multidimensionnelles :
    Complications médicales : hémorragies, infections, perforation de l’utérus, stérilité permanente.
    Décès maternels : la mortalité maternelle reste élevée, surtout chez les adolescentes vulnérables.
    Exclusion sociale : les femmes affectées par ces pratiques subissent souvent le rejet familial et communautaire.
    Renforcement des inégalités : les femmes et adolescentes marginalisées par la guerre, l’exil ou la pauvreté sont les plus exposées.
    L’instabilité chronique due aux guerres en répétition amplifie les risques : destruction des centres de santé, déplacements fréquents, et absence de suivi médical ou psychosocial. Les traditions et us locales continuent à limiter l’accès aux soins sécurisés et à marginaliser les femmes qui cherchent des services médicaux.
  4. Insuffisance de la réponse actuelle
    Les interventions en santé reproductive sont limitées et souvent inadéquates :
    Les structures sanitaires rurales ne fournissent pas toujours des services complets en SSR, surtout dans les zones de conflit.
    Les programmes de sensibilisation sont insuffisants ou absents dans les communautés isolées.
    Les ressources financières et humaines sont très limitées par rapport à la demande croissante, surtout pour les femmes déplacées internes ou vivant dans des zones instables.
  5. Objectifs du projet à financer
    EME-RDC propose un programme intégré visant à :
    Renforcer l’accès aux services de santé reproductive sécurisés, y compris pour les femmes affectées par les conflits.
    Sensibilisation communautaire sur les risques liés à l’avortement non sécurisé et aux méthodes traditionnelles, intégrant le respect des us et coutumes tout en promouvant les droits des femmes.
    Formation des prestataires de santé pour gérer les complications, dispenser des services sécurisés et accompagner psychosocialement les femmes.
    Accompagnement des femmes et adolescentes vulnérables, incluant les déplacées internes et celles issues de violences sexuelles.
    Plaidoyer auprès des autorités locales et communautaires pour faciliter l’accès aux soins et réduire la stigmatisation.
  6. Justification du plaidoyer
    Le recours aux avortements non sécurisés est à la fois un problème de santé publique et de droits humains. Les conflits répétés et les normes sociales restrictives augmentent les risques pour la santé et la vie des femmes et adolescentes.
    La mobilisation internationale est nécessaire pour :
    réduire la mortalité maternelle,
    prévenir les complications sévères,
    promouvoir la santé sexuelle et reproductive,
    renforcer la protection et l’autonomisation des femmes et adolescentes.
  7. Appel au financement et mobilisation des partenaires
    EME-RDC sollicite l’appui des bailleurs institutionnels, ONG internationales, fondations privées et partenaires de santé pour :
    fournir des services SSR sécurisés et accessibles, même dans les zones instables,
    organiser des campagnes de sensibilisation adaptées aux us et coutumes locales,
    former les prestataires de santé,
    protéger les femmes et adolescentes vulnérables et victimes de violences liées aux conflits..

Conclusion
L’avortement non sécurisé, l’auto-médication et le recours aux méthodes traditionnelles constituent un risque majeur pour la santé et la vie des femmes et adolescentes de l’Est de la RDC. Les guerres en répétition et les normes sociales restrictives aggravent ces risques. La mobilisation urgente des partenaires et le financement de programmes intégrés sont essentiels pour garantir la santé, la protection et l’autonomisation des femmes et adolescentes.